Vivre, l'homme et la bête

 

Céline Demonfaucon

Les œuvres de Céline Demonfaucon naissent d’une relation profonde et subtile à la nature et à son microcosme. Elle en saisit des matériaux éphémères, des traces imperceptibles, qu’elle assemble intuitivement dans ses installations. La «sculpture» présentée ici semble au départ moins fragile avec ses deux modules semblables disposés en miroir. Pourtant, «partie de l’idée du paysage et de ses reflets», l’artiste explore encore des contrastes et les oppose. Chaque module est constitué d’un petit assemblage posé sur une grande table. Dessus, diamétralement disposés autour d’une tige, des morceaux de tissus colorés et enroulés, sont coincés entre morceaux de bois et tables miniatures. Le tout forme un petit corps étiré de l’ordre du vivant, de l’organique compact, à peine posé sur ses pattes, prêt au départ. Dessous, une large surface géométrique de bois brut, inhérente à la technicité de l’homme, est perchée sur des piles trouant le vide inférieur. Cette hauteur inhabituelle en fait plus qu’un support, peut-être un piédestal évidé, presque un autel consacré à une vie fugitive. A moins qu’il ne s’agisse de sacrifices, celui «des convois de l’exode» qui passent au loin, à l’horizon. Céline Demonfaucon dresse encore une fois un équilibre précaire et dérisoire. Délicate existence, accrochée à ses bagages, qui d’un instant à l’autre peut disparaître.

Catherine Le Dourneur

 

Sans titre - 2011 © ArtBFC